On l’a connu tout petit au club le Toto. Un de ces enfants que l’on voit courir entre deux courts, raquette plus grande que lui, sourire rare car timide, regard curieux. Puis un jour, il grandit. Il part sur le continent…
À 15 ans, Antonin Romieu quitte son cocon pour rejoindre le pôle du CREPS d’Aix, avec tout ce que cela implique : l’éloignement, l’autonomie, les entraînements, les doutes, les progrès, et cette nécessité de se construire loin des repères familiers.
« Mon déménagement, quand je suis parti d’ici à 15 ans, a fait que je me suis vraiment vu évoluer à Aix, quand je me suis retrouvé tout seul. »
Aujourd’hui, Antonin a 20 ans. Il a changé, forcément. Son squash s’est structuré, son corps s’est renforcé, son regard sur le jeu s’est affiné. Mais quelque chose n’a pas bougé : sa manière d’être. Cette gentillesse naturelle, cette discrétion, cette façon d’être agréable sans jamais chercher à jouer un rôle, et surtout, le respect. Des autres. Des moins doués. Des moins chanceux. De ses “role models”. De ses adversaires. Et de son “clan”.
« Je ne force pas les choses. C’est ma nature d’être comme ça. J’essaie juste, que ce soit sur le court ou en dehors, d’être agréable à vivre et à voir dans un club. Je pense que c’est important. Mais je ne force vraiment rien. »
Chez Antonin, le calme n’est pas une façade. Il est devenu une force. Il sait aussi d’où il vient, et ce qu’il a reçu.
« Je pense que j’ai le travail de mon père. Ma mère travaille beaucoup aussi, bien sûr, mais la rigueur sportive, ce n’est pas exactement la même chose que la rigueur du travail de tous les jours. Mon père, ancien pro de foot, m’a transmis ça. Il l’avait en lui. »
De sa mère, il pense avoir hérité le calme.
“Là où mon père, avec l’émotion, il peut être très impulsif. Je l’ai été, mais sur ça j’ai travaillé.”
De son père, cette exigence sportive, le goût du travail. Un mélange qui lui ressemble : sérieux, posé, ambitieux, mais jamais dans l’esbroufe.
Côté Squash
Sur le court, Antonin a depuis longtemps une identité bien à lui. Son jeu s’est construit autour d’une vraie qualité de balle, d’un fond de court solide, d’une capacité à contrôler la zone du T et à installer son rythme.
« La construction du jeu depuis le fond de court a toujours été une patte pour moi, une identité que j’ai eue très jeune. Je faisais déjà beaucoup de différences là-dessus. Et le fait d’avoir une bonne qualité de balle me permet de bien contrôler la zone du T. »
Il y a aussi cette main, cette capacité à varier, à trouver des angles, à sentir les coups.
« Je pense que j’ai plutôt une bonne main. Quand je me sens relâché, avec des variations, ça rentre bien, et je m’y plais. »
Mais Antonin n’est pas du genre à se raconter des histoires. Il connaît aussi les limites actuelles de son jeu. Quand le rythme monte, quand le match se tend, quand l’adversaire impose une intensité supérieure, son identité peut parfois se brouiller.
« Ça peut devenir une faiblesse quand les matches se tendent ou quand la vitesse augmente beaucoup. Je peux devenir un peu trop prévisible, un peu passif, manquer d’agressivité. Et là, mon identité se perd un peu, alors que moi, j’aime attaquer, j’aime contrer, j’aime faire les points gagnants. »
C’est précisément là-dessus qu’il travaille aujourd’hui : être capable de garder cette intention offensive, non pas une fois de temps en temps, mais sur la durée, dans l’échange, face aux meilleurs.
« Contre les gros joueurs, je pense qu’il me manque encore un peu de régularité pour pouvoir attaquer. Ce n’est pas une ou deux attaques qu’il faut faire, c’est cinq, six, sept, huit attaques de qualité dans le même échange. C’est ça que je bosse en ce moment. »
La régularité, donc. Mais aussi la lecture des moments : savoir ralentir, savoir accélérer, sentir quand il faut construire, quand il faut frapper, quand il faut patienter.
Les Etudes
Antonin le reconnaît avec lucidité : son parcours n’est peut-être pas celui d’un joueur qui a passé toute sa jeunesse uniquement centré sur le squash. Il a d’autres centres d’intérêt, et il poursuit aussi ses études. Il est aujourd’hui en deuxième année d’un bachelor en génie mécanique et productique.
Mais il refuse que cela devienne une excuse.
« Les études, ce n’est pas une excuse. Quand on est sur le court, on est sur le court. Par contre, ça demande beaucoup d’organisation. Si tu passes peut-être un peu moins de temps sur le court que d’autres, tout doit être plus qualitatif, plus efficace. Tu as une fatigue qui vient d’un autre domaine que le squash, donc tout doit être mieux organisé, mieux optimisé. »
Un enfant de la “Méthode Sciberras”
Vous avez dit “optimisé?”. In comes Paul Sciberras, dit Polo La Science…
Cette exigence d’organisation, Antonin la retrouve dans le travail mené avec Paul, dont il décrit la méthode comme très carrée, très précise, parfois difficile à mettre en place, mais extrêmement structurante.
« La méthode de Paul est très carrée. Elle est peut-être plus dure à mettre en place que d’autres, mais quand on est dedans, quand tout est calibré, quand on planifie, ça amène une confiance et un fil conducteur très intéressants. »
Il parle de planification, de blocs d’entraînement, d’objectifs préparés sur plusieurs semaines, de charge qui diminue à l’approche des compétitions, de tournois de reprise, de mise en confiance, de tests. Tout ce chemin qui permet d’arriver le jour J avec une certitude intérieure : le travail a été fait.
« Tu sais que tu as bien bossé, et tu sais pourquoi tu es là. Intérieurement, ça te rajoute un plus.»
Sur le court, il admire aussi la précision de cette méthode.
« Avec Paul, tout est au millimètre, au dixième de seconde. C’est une précision qui ne laisse rien au hasard. »
LA PHOTO SOUVENIR
Nous sommes en 2019, au British Junior U13, quart de finale. Antonin joue un jeune joueur Egyptien, très doué. Antonin s’arrache pour le battre, 5-11, 11-7, 11-6, 10-12, 11-9 (50m). Son nom, Mohamad Zakaria….
Baguette magique, je voudrais….
Chez Ali Farag, sa lecture de jeu…. c’est mon joueur de cœur. Chez lui, ce qui m’impressionnait, c’était vraiment sa lecture de jeu, la façon dont il voyait tout avant et la façon dont il s’organisait en fonction de cette prise d’informations-là.
Chez Asal, sa force dans les appuis, vraiment son jeu de jambes qui m’impressionne toujours autant. On voit ce qu’il met à l’avant, on l’emmène à l’avant, la puissance qu’il met, je l’ai vu en vrai, ça m’a vraiment impressionné.
Chez Mohamed ElShorbagy, son mental. À tous les moments, au fil de sa carrière, j’ai l’impression que les opportunités, il les a toutes saisies.
Chez Greg (Gaultier), sa détermination, je suis obligé.
Et pour la précision, Victor (Crouin) et Thierry (Lincou). Je les mets les deux ensemble.
Séquence Emotion… Le Patron et le Toto
Mais au fond, Antonin ne cherche pas à devenir quelqu’un d’autre. Il observe, il apprend, il prend des morceaux d’excellence ici et là, puis il revient à ce qu’il est : un joueur en construction, ambitieux mais lucide, calme mais déterminé, doux dans la vie et de plus en plus affirmé sur le court.
Son objectif est clair, et il le formule sans arrogance.
« Je pense qu’un top 30 est envisageable. Je me vois aller dans ce top-là. J’ai 20 ans. Si je suis top 30 à 25 ans, je serai très content. »
Inch’Allah mon petit qui est devenu si grand….






