De Raquettes à Tableaux: Bravo l’Artiste

AIMAR MIELHS, ou L’univers parallèle de Raquettes Obsolètes

Le portrait de Christophe, professeur d’EPS devenu créateur de paysages miniatures au cœur d’anciennes raquettes de squash et de tennis.

C’est l’histoire d’un prof, d’un artiste, d’un menuisier, qui entrent dans un club de squash… Une fée qui passait par là, un tit coup de baguette magique, et voilà.

Un artiste est né.

L’esthétique du Passé

Il fallait sans doute un professeur d’éducation physique pour comprendre qu’une raquette ne cesse jamais tout à fait d’être en mouvement. Même immobilisée sur un mur. Même privée de cordage. Même usée, rayée, abandonnée après des années de balles frappées, de gestes répétés et de parties disputées.

Entre les mains de Christophe, les anciennes raquettes de squash et de tennis ne prennent pas leur retraite, mais changent simplement de cadre…

 

Dans leur tête de bois apparaissent des mers transparentes, des falaises, des plongeoirs vertigineux, des silhouettes qui nagent, sautent ou surfent. Des paysages miniatures, à la fois familiers et impossibles, dans lesquels le regard se perd comme il se perdrait à travers le hublot d’un avion ou au bord d’un rêve.

L’objet sportif devient tableau. Le cadre devient récit. Et la raquette, conçue autrefois pour propulser une balle, nous propulse dans l’imaginaire.

Bienvenue dans l’univers d’Aimar Mielhs. Un nom qui signifie, en occitan, « aimer mieux ». Et qui, finalement, raconte déjà presque tout.

Une raquette n’est jamais tout à fait vide

Christophe vit à Rabastens, dans le Tarn, à la campagne, non loin de Toulouse, où il a fait ses études universitaires pour de devenir professeur d’EPS.

Son métier l’a naturellement conduit à pratiquer et à enseigner de nombreux sports. Le squash a fait partie de cette vie-là, même s’il n’a jamais été joueur de compétition. Ce n’est d’ailleurs pas là que se situe son histoire avec le sport.

Ce qui l’intéresse davantage, c’est le mouvement. Le corps qui cherche, tente, résiste, recommence. Le geste par lequel on se confronte à une difficulté et, parfois, on la dépasse. Cette vision du sport est restée au cœur de son travail artistique.

Dans ses œuvres, on saute d’un promontoire, on nage dans une eau profonde, on glisse sur une vague. Les petits personnages paraissent minuscules face aux éléments, mais ils avancent. Ils acceptent le vertige, la profondeur ou l’obstacle.

L’ancien professeur d’EPS n’est donc jamais très loin. Mais il s’efface derrière le créateur.

Le coup de foudre pour un objet

Christophe peint et fabrique depuis longtemps. Il aime la matière, les objets, le travail manuel. Il a restauré des meubles pour aménager son intérieur, réparant le bois, le ponçant, le sculptant parfois, avant de le repeindre.

Puis il est tombé amoureux. Non pas d’une image ou d’un paysage, mais d’un objet : la vieille raquette en bois.

« Je suis tombé amoureux de l’objet », dit-il simplement.

Les anciennes raquettes de tennis l’ont d’abord séduit par leur élégance : leurs lignes fines, leurs manches habillés de cuir ou d’anciens grips, leurs essences de bois et leurs formes devenues presque désuètes.

Les raquettes de squash, plus étroites et plus élancées encore, possèdent une grâce différente. Leur silhouette semble déjà dessiner une porte, une fenêtre ou le contour d’un monde à inventer.
Il avait vu, comme beaucoup, ces vieilles raquettes accrochées aux murs de maisons ou de restaurants, utilisées comme éléments de décoration. Et c’est le déclencheur…

Il voulait aller plus loin…

« L’idée, c’était d’avoir une œuvre d’art à l’intérieur d’un cadre qui lui donne lui-même une histoire. »
Toute l’originalité de son travail tient dans cette phrase.
Habituellement, un cadre entoure une œuvre et se fait oublier. Chez Aimar Mielhs, il en est l’un des personnages principaux.
La raquette n’est pas un simple support choisi pour son étrangeté. Elle possède une mémoire : les traces laissées par le jeu, les chocs, l’usure du manche, une marque presque effacée, le nom d’un modèle ou parfois la signature d’un joueur.
Christophe ne cherche pas à effacer ces cicatrices. Il les conserve. Elles sont la première couche de l’œuvre.

Une petite archéologie du sport

Avant de transformer certaines raquettes, Christophe mène parfois l’enquête.

Il cherche leur époque, leur modèle, leur fabricant. Lorsqu’une signature apparaît sur le bois, il tente de retrouver le joueur auquel elle correspond. Il s’est notamment intéressé à la disparition progressive des raquettes en bois dans le tennis moderne, découvrant au passage que Yannick Noah avait remporté Roland-Garros en 1983 avec une raquette en bois.

Ces recherches ne sont pas anecdotiques.

Elles permettent de comprendre que chaque raquette appartient à une époque où le sport se pratiquait autrement. Le bois imposait ses contraintes, son poids, ses réactions. Puis les matériaux ont évolué. Les raquettes se sont allégées, agrandies, transformées. Les anciens modèles ont été remplacés, rangés dans un grenier ou vendus pour quelques euros.

Et c’est là qu’intervient Christophe. Il ne les restaure pas pour leur redonner leur fonction première. Il ne cherche pas à les faire rejouer. Il leur offre une autre forme de mouvement.

Il inverse ainsi le chemin qu’il suivait autrefois lorsqu’il rénovait ses meubles.

À l’époque, il utilisait la peinture et son savoir-faire artistique pour redonner une fonction à un objet utilitaire. Aujourd’hui, il prend un objet qui n’est plus utilisé et le libère de toute obligation pratique.

« Je prends de l’utilitaire, mais je le transforme en œuvre. »

La raquette n’a plus besoin de frapper une balle pour justifier son existence. Elle peut désormais raconter. Sculpter un paysage dans quelques centimètres

Le travail d’Aimar Mielhs est difficile à enfermer dans une seule catégorie.

Il y a de la peinture, bien sûr, mais aussi de la sculpture, du modelage et du travail du bois. Christophe utilise notamment des ciseaux à bois pour creuser, façonner et organiser les différents reliefs.

Ses créations sont des œuvres multimatières. Chaque élément participe à la construction d’un paysage observé tantôt du ciel, tantôt en coupe transversale, comme si la raquette avait prélevé une tranche du monde.

On y reconnaît une côte, une piscine, une plage ou un à-pic rocheux. Pourtant, quelque chose échappe toujours à la logique. Les perspectives se déplacent. Les proportions s’amusent de la réalité. Le paysage paraît réel et impossible à la fois, abstrait mais étrangement familier.

La résine, matière magicienne

La résine occupe une place essentielle dans cette illusion.

Elle devient eau, profondeur, transparence. Elle se pose sur le décor, le recouvre et parfois semble le submerger. Sous sa surface brillante, on devine des formes, des reliefs et des personnages.
Mais cette résine possède aussi une dimension symbolique.

Face à elle, les minuscules sportifs doivent s’adapter. Ils plongent, nagent, affrontent la vague ou cherchent un passage. Ils tentent de rester dans le match, comme on le fait lorsque l’existence nous place devant un obstacle imprévu.

Faire face. S’adapter. Franchir. Dompter. Toute une philosophie tient dans ces quelques silhouettes.
Aimer mieux ce que l’on croyait dépassé.

Le nom Aimar Mielhs ne célèbre pas seulement l’amour du beau.
« Aimer mieux », c’est peut-être aussi apprendre à regarder autrement.

Mieux regarder une vieille raquette dont personne ne veut plus. Mieux voir les traces laissées par celui ou celle qui l’a tenue. Comprendre qu’un objet remplacé par une technologie plus moderne n’est pas nécessairement devenu inutile.

Christophe recueille ce qui a été délaissé. Il respecte le bois, les marques, les imperfections. Il ne cherche pas à rendre la raquette neuve, mais à révéler ce qu’elle peut encore devenir. Il ne gomme pas son âge. Il s’en sert.

Ainsi naît le dialogue entre deux histoires: celle du paysage créé dans le tamis et celle de la raquette qui l’entoure. Entre les deux naît quelque chose de profondément émouvant : la certitude qu’une seconde vie ne consiste pas forcément à recommencer comme avant. Elle peut être une métamorphose.

De Rabastens vers d’autres horizons

L’aventure d’Aimar Mielhs ne fait que commencer.
Christophe a lancé sa page Instagram il y a quelques mois afin d’y présenter ses créations, et ses œuvres peuvent également être réalisées sur commande.

Elles ont déjà quitté l’atelier de Rabastens pour être exposées dans une galerie à Cassis. Elles doivent également rejoindre Toulouse, chez un opticien haut de gamme, puis prendre place dans un restaurant de Paris, Josy Pub, dans le 9e, dont l’univers vintage semble avoir été conçu pour les accueillir.

Les œuvres de Christophe parlent moins de raquettes que de passages : du sport à l’art. De l’objet au paysage. De l’usure à la beauté. Du mouvement physique au voyage intérieur.

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme »…
Merci l’Artiste.

 

 

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